Confort thermique à l'ère de l'Anthropocène

Chantier Leroy Merlin Source associant design et approche ethnographique basés sur la conception et le test d’aménagements organo-climatiques sur mesure redéfinissant un confort organique saisonnier.

Cette recherche-action, appelé chantier de recherche est pilotée par Lucile Sauzet et mené en duo avec Camille Arnodin (directrice d’études qualitatives – co-construction et participation citoyenne) auprès de quatre familles. Les deux premières familles testent des aménagements climatiques pour se rafraîchir lors de la saison chaude et les deux autres familles testent des aménagements climatiques pour se réchauffer l’hiver. Cette recherche explore les ressentis de chaleur et de fraîcheur des habitants ainsi que leurs stratégies individuels et collectives pour s'autoréguler. Elle fait l’hypothèse que les transformations écologiques ne se feront que si la sobriété dans l'habitat devient abordable et surtout désirable.

Ce chantier est financé par Leroy Merlin Source, réseau de recherche sur l’habitat.

Un COPIL, composé de Pascal Dreyer (Coordinateur Leroy Merlin Source), Denis Bernadet (Animateur scientifique Leroy Merlin Source), Claire Letertre (Cheffe de projet des savoirs de l'habitat et responsable de Leroy Merlin Source), Benjamin Graindorge (designer) et Gaëtan Brisepierre (sociologue de l’énergie) a suivi et nourri le chantier.

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*À l’ère de l’Anthropocène, l’amélioration thermique des bâtiments représente un enjeu climatique de très grande ampleur. Les habitant·es, qu’ils soient sensibilisés ou non à ces enjeux, souhaitent baisser leur consommation d’énergie pour des raisons économiques et/ou environ- nementales. Pour autant, les changements de pratiques induisant une réduction de la consommation du foyer peuvent être vécus comme un effort, une contrainte ou une frustration, en raison de l’absence de représentation claire des capacités opérationnelles à agir, du manque de ressources ou des divergences d’opinions entre les membres du foyer. Les solutions efficaces d’améliora- tion thermique de l’habitat se présentent aujourd’hui à l’échelle du bâti par la construction, la rénovation éner- gétique et le renouvellement de modes ou d’installations de chauffage. Or ces démarches ne sont pas toujours accessibles. La contribution de Denis Bernadet, « Réno- vation énergétique : la massification se heurte au chez- soi », nous apprend que changer de chauffage ou isoler les combles d’une maison demande du temps et des ressources financières importantes, malgré la possibi- lité d’aides publiques (déclenchées suite à un proces- sus long et complexe), alors que ces actions apportent de faibles gains d’usage et de confort dans le quotidien des propriétaires. Le bilan actuel des dispositifs d’incita- tion à la rénovation énergétique permet de le constater : les habitant·es en capacité d’engager des travaux dans leur logement privilégient encore l’aménagement d’une extension ou d’une nouvelle cuisine plutôt que des tra- vaux de rénovation thermique (dans le meilleur cas, ils groupent les deux). Les arguments écologiques et écono- miques sous-tendant une approche rationnelle technique, sur un temps long, ne suffisent donc pas pour convaincre de nombreux foyers à investir dans des transformations qui visent à réduire leur consommation énergétique. Notre recherche intitulée « Le confort thermique à l’ère de l’Anthropocène » fait l’hypothèse suivante : la rénova- tion énergétique et la transformation des usages quoti- diens s'envisageraient-elles mieux dès lors qu’y prend part une perspective d’amélioration du confort et de l’art de vivre ? Pour tendre vers une baisse des consommations d’énergie dédiées au confort thermique, les professionnels de l’habitat et les habitant·es doivent apporter au sein du logement de nouveaux imaginaires et créer ensemble de nouveaux usages. Si ceux-ci sont en adéquation avec les modes de vie, les valeurs et les esthétiques contempo- raines, leur adoption ne sera plus perçue comme un effort et une contrainte, mais comme un engagement désirable.

Notre approche consiste à intervenir en parallèle du processus de la rénovation thermique, sans chantier, dans la perspective d’un confort sobre et soutenable propre à chaque foyer. Ce rapport de recherche restitue des propo- sitions concrètes de transformations d’usages et de res- sentis par la création de services et d’objets.

La démarche s’appuie sur :

Cette recherche-action a été menée avec les outils du design et ceux de la recherche-action. Le design comme discipline créative et transformatrice a permis d’envisager une méthode inédite qui a mobilisé le design de services et d’objets sur mesure. Ces derniers ont été le support d’ex- périences partagées entre l'équipe, composée de Lucile Sauzet, designer, et Camille Anodin, ethnologue, et les uti- lisateurs volontaires. « Le confort thermique à l’ère de l’An- thropocène » rassemble les résultats d’une recherche à visée transformative lors de laquelle nous avons éprouvé la création et l’expérimentation d’aménagements inté- rieurs intitulés « organo-climatiques ». Quatre familles se sont prêtées à l’exercice de cette démarche qualitative et collaborative. Leurs précieux retours, analyses et critiques, nous permettent aujourd’hui de confirmer notre hypo- thèse de départ et de définir les critères d’une sobriété désirable. La recherche s’ouvre ainsi au déploiement possible d’un nouvel art de vivre, sobre et soutenable. L’habitant.e, à l’initiative des transformations, trouvera dans l'accompagnement de professionnels sensibles et créatifs le plaisir de vivre dans un environnement en résonance avec l’évolution de notre société et des enjeux climatiques.*

Cette recherche-action est struturante pour le Projet Chaleur